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Le Retour en Espagne

En 1528, la population aztèque a presque disparue. Quand Cortés retourna en Espagne cette année-là, il rapporta des produits inconnus en Europe: tomate, haricot blanc, pomme de terre, maïs, piment, tabac et il chargea ses galions avec des fèves de cacao et des équipements pour préparer la boisson chocolatée, dont il avait constaté qu’elle pouvait aider à lutter contre la fatigue et développer la résistance.

Il présenta le breuvage au roi d’Espagne en disant: ‘Une tasse de cette précieuse boisson permet à un homme de marcher un jour entier sans manger’.

L’empereur d’Espagne et sa cour firent leurs délices de cette boisson au chocolat à laquelle ils ajoutaient du miel. A cette époque, le monopole du commerce de cacao fut réservé exclusivement aux Espagnols. Ils le nommèrent Oro negro (l’or noir) ou Pepe de oro (graines d’or) quand ils comprirent la valeur des fèves de cacao.

Les premières cargaisons commerciales de fèves de cacao arrivent en Espagne en 1585.

Contrairement à d’autres plantes découvertes par les conquistadors qui ont pu être cultivées en Europe (pomme de terre, haricot, tomate etc.), le cacaoyer nécessite un climat tropical. Le cacao, produit d’importation, restera donc longtemps une denrée très chère. Il est préparé dans des monastères réputés pour leur habileté dans la pharmacopée, avec d’autres produits rares d’importation. Il devient alors, comme chez les Aztèques, un met royal réservé à l’élite, lourdement taxé et donc hors de prix pour le peuple.

Il est empreint de mystère à son arrivée en Espagne et les curieux découvrent ses propriétés revigorantes et aphrodisiaques qui vont contribuer à son expansion dans toute l’Europe. Il est servi dans les maisons des princes et les milieux ecclésiastiques dans un pot à couvercle percé pour y introduire le moulinet et il est bu dans des tasses plus hautes que celles qui servent à boire le café, autre boisson à la mode.

Peu à peu, les Espagnols se mettent à boire du chocolat chaud, inconnu des Aztèques.

Ils le consomment aussi avec des mouillettes ou des biscuits qu’ils trempent dedans. De plus, ils fabriquent les premières tablettes, non pas pour le manger sous cette forme solide mais pour pouvoir stocker et transporter facilement le chocolat.

L’esclavage commenca en Afrique

L’engouement pour le chocolat se développe donc en Espagne et en Amérique du sud ainsi que dans les Antilles bien avant d’atteindre le reste de l’Europe. Peu coûteux à la production et de culture relativement aisée, le cacao séduit les planteurs qui vont chercher leur main d’œuvre en Afrique. Le cacao (comme le sucre) contribue à l’essor de l’esclavage. Le succès qu’il va connaître dans le reste de l’Europe provoque l’extension progressive des cultures par-delà les frontières du continent sud-américain.

Aux fèves de cacao broyées, nombre de pays ajoutèrent du lait et du sucre (issu de betteraves ou de cannes à sucre). Chaque pays l’accommoda, l’apprécia, le développa selon des affinités et sous des formes nouvelles propres aux spécificités de chaque pays. Entre autres, l’ajout de cannelle et poivre noir était populaire, aussi bien que l’ambre gris (concrétion intestinale du cachalot) et le musc (secrété par les glandes abdominales du cerf porte-musc himalayen et réputé pour être aphrodisiaque). On expérimenta également avec des écorces d’orange, de l’eau de rose, des clous de girofle, des pistaches et amandes moulues, et même des jaunes d’œufs.

C’est dans les Flandres et aux Pays-Bas (terres espagnoles au 16ème siècle) que le chocolat s’étend d’abord en dehors de la péninsule ibérique.

Les premières fèves de cacao sont introduites en Italie, dans le Piémont, par le Duc Emmanuel-Philibert de Savoie, en 1559. Les chocolatiers de Turin deviennent des experts dans l’art de préparer le chocolat de sorte qu’à la fin du 17ème siècle, sont produits 350 kg de chocolat par jour qui sont exportés en Autriche, en Suisse, en Allemagne et en France.

Au 17ème Siècle

En 1655, les Anglais prennent la Jamaïque, ce qui leur laisse de grandes plantations de cacao. Le chocolat fait son entrée en Angleterre.

L’année 1657 voit l’ouverture de la première chocolaterie à Londres. Son propriétaire, un pionnier français anonyme lance la mode, non pas comme en France, depuis les salons aristocratiques mais de façon démocratique, aux gens de la rue.

En 1609, les Juifs chassés d’Espagne puis du Portugal arrivent à Bayonne. Parmi eux, beaucoup sont des chocolatiers. Ils vont faire de la ville le principal centre de production français de chocolat.

Il faut pourtant attendre 1615 pour que le chocolat fasse une entrée remarquée en France avec l’arrivée d’Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne Philippe III, qui se marie avec Louis XIII. Anne d’Autriche arrive à la cour à 14 ans avec une cohorte de servantes qui savent parfaitement préparer le chocolat, de quoi séduire de nombreux adeptes, d’autant qu’ils voient en lui une excentricité rare, réservée à quelques-uns.

Ce n’est cependant qu’après la mort de Louis XIII en 1643, que la reine devenue régente impose son goût pour le chocolat à toute la cour et au clergé. On raconte que les premiers spécialistes en chocolaterie furent les moines: le clergé avait un goût délicat et s’entendait mieux que les militaires aux préparations culinaires. Son amant, le Cardinal de Mazarin emploie lui-même un chocolatier personnel recruté en Italie.

Les ‘Chocolate houses’ sont des endroits où les gens peuvent apprécier cette boisson chaude, discuter politique, socialiser et jouer.

Les Anglais innovent: ils remplacent l’eau par de l’œuf, du vin et du lait. Ils y ajoutent parfois de la fécule pour alléger les graisses.

Les ‘Chocolate houses’ rivalisent désormais avec les ‘Coffee houses’.

Les hommes politiques vont au ‘Cocoa Tree’ ou au ‘White’s’ siroter un chocolat et acheter les billets de théâtre.

Marie Thérèse d’Autriche

En 1660, le cacao est introduit en Martinique, par une autre princesse espagnole, Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV.

On murmure qu’elle a 2 passions: le roi et… le chocolat.

Le roi pour sa part, le considère comme ‘un aliment qui trompe la faim mais ne remplit pas l’estomac’ et tente de communiquer son aversion à la reine… en vain.

A Versailles, le chocolat devient la grande mode: on en sert tous les lundis, mercredis et jeudis dans les salons de la Cour.

Le 28 mai 1659, Louis XIV accorde par lettre patente pour 29 ans, au sieur David Chaillou, un officier de la reine, toulousain, d’ouvrir sa première boutique à Paris, rue de l’arbre sec, avec ‘le privilège exclusif de faire, vendre et débiter une certaine composition se nommant chocolat’.

 

Madame de Maintenon

Maîtresse de Louis XIV

Moussoir

Délaissée par son royal mari, peu jolie avec ses jambes trop courtes et ses dents trop noires, la reine se sent incapable de rivaliser avec Madame de Maintenon et jette son dévolu sur le chocolat, qu’elle consomme à longueur de journée, au point que l’on rapporte que ses appartements sont emplis d’effluves de cacao.

A Versailles, le chocolat devient la dernière boisson à la mode sous la houlette de Madame de Maintenon. Comme en Espagne, il est l’apanage des cours royales et de la noblesse qui aime le présenter dans des chocolatières, objets tendances de l’époque et véritables œuvres d’art.

Il était d’usage dans les salons aristocratiques d’offrir des chocolatières et il en sera de même quelques dizaines d’années plus tard avec les bonbonnières, joyaux que les nobles portaient avec eux comme des bijoux dans leurs moindres déplacements.

Cette boisson élitiste est donc consommée par les plus riches et les plus puissants, les religieux et les médecins. Les gourmets de l’époque servent le chocolat dans des hautes tasses à couvercle percé d’un trou pour y introduire le moussoir qui permet de le fouetter afin de le rendre plus mousseux. Tels les récipients élaborés des chefs Mayas et Aztèques, ces pièces de service représentent un symbole de richesse et de pouvoir.

Le poste de ‘chocolatier du roi’ devient l’objet de toutes les convoitises. Ainsi, la vogue du chocolat se développe à Versailles sous Louis XIV et s’amplifie sous Louis XV.

A l’époque on prêtait au chocolat de nombreuses vertus et pouvoirs. Madame de Sévigné accuse même un jour le chocolat d’avoir rendu tout noir le nouveau-né de l’une de ses amies, qui en avait beaucoup mangé lorsqu’elle était enceinte…

Le chocolat est-il un plaisir ou un reconstituant? Une gourmandise ou un médicament? Face à la nature non encore définie de ce nouveau produit qui suscite tant d’enthousiasme et de questionnements, les opinions concernant le chocolat fluctuent grandement aux 17ème et 18ème siècles, parfois même selon la mode. A la cour de France, il y a les ‘chocolatphiles’, ceux qui aiment et disent qu’il soigne les maladies, et les ‘chocolatphobes’, ceux qui détestent et le redoutent.

La correspondance fournie entre l’épistolière Madame de Sévigné et sa fille témoigne de l’ignorance et la passion qui entourent le chocolat.

L’épistolière – Madame de Sévigné

Extrait d’une lettre du 11 février 1671: ‘Mais vous ne vous portez point bien, vous n’avez point dormi; le chocolat vous remettra: mais vous n’avez point de chocolatière, j’y ai pensé mille fois: comment ferez-vous?’.

Deux mois plus tard, le 15 avril 1671: ‘Je veux vous dire, ma chère enfant que le chocolat n’est plus avec moi comme il était: la mode m’a entraînée, comme elle fait toujours: tous ceux qui m’en disaient du bien m’en disent du mal; on le maudit, on l’accuse de tous les maux qu’on a; il est la source des vapeurs et des palpitations; il vous flatte pour un temps, et puis vous allume tout d’un coup une fièvre continue qui vous conduit à la mort.’

Et six mois plus tard, le 28 octobre 1671: ‘J’ai voulu me raccommoder avec le chocolat (…) il m’a fait tous les effets que je voulais: voilà de quoi je le trouve plaisant, c’est qu’il agit selon l’intention’.

Sa fille, Françoise Marguerite de Sévigné

Comtesse de Grignan

Dans le milieu ecclésiastique, où on le consomme pendant le jeûne, il convient de définir sa nature exacte: s’il est nourriture, il est à bannir; s’il est boisson, alors le jeûne n’est pas rompu. En 1662, le cardinal Bracaccio apporte une réponse: ‘Qu’il nourrisse on ne peut le nier mais il ne s’en suit pas qu’il soit un aliment’.

Dans le milieu scientifique, la plupart des botanistes et médecins reconnaissent au chocolat des vertus digestives et des propriétés dynamisantes. Un certain docteur Bligny en vient même à le prescrire en 1717 pour guérir le rhume, la flexion de poitrine, la diarrhée, la dysenterie et… le choléra.

On raconte que les premiers spécialistes en chocolaterie furent les moines: le clergé avait un goût délicat et s’entendait mieux que les militaires aux préparations culinaires.

L’Allemagne, ruinée par la guerre de trente ans, reste fermée à la pénétration de produits exotiques dont le chocolat.

Au cours du 17ème siècle, les Hollandais, habiles navigateurs, se rendent vite compte de l’intérêt des fèves de cacao et en assurent le transport d’Amérique en Europe. Ils s’emparent ainsi du monopole commercial des espagnols sur le cacao et contrôlent le marché mondial. Rappelons qu’en 1585, au cours de la guerre entre l’Espagne et les Pays-Bas, un navire hollandais ayant pris d’assaut un navire espagnol, jeta sa cargaison de fèves de cacao par-dessus bord croyant qu’il s’agissait de ‘crottes de biques’!

En 1680, le mot ‘chocolat’ devient un mot à part entière et fait son entrée dans le dictionnaire.

En France, ce n’est que lorsque le commerce du chocolat commence à s’intensifier et qu’il se vend à bon prix que le fisc en 1681 s’adjuge un monopole sur son négoce.

En 1693, Louis XIV crée la corporation des limonadiers. La concurrence entre ceux-ci est telle que le roi vient à en limiter le nombre. Le monopole de David Chaillou prend fin cette même année. Le chocolat est alors fabriqué par un certain nombre d’apothicaires et marchands d’épices. 

La technique de préparation reste primitive et proche de celle des mexicains. L’ouvrier travaille à genoux et broie le chocolat à la main avec un cylindre sur une pierre inclinée chauffée.

A Paris, les meilleurs chocolatiers sont David Chaillou, les frères Rere et Renaud. Peu à peu, la concurrence et les techniques commerciales de vente s’organisent avec la publicité dans les journaux et les affiches.

Au 18ème Siècle

Il faut attendre le 18ème siècle pour voir se répandre la production et l’usage du chocolat. Les premières manufactures se développent, grâce à l’énergie hydraulique, permettant une mécanisation de la production.

Le chocolat sort donc peu à peu de l’ère artisanale mais reste dans la France l’apanage d’une minorité de nobles et de riches bourgeois. Le chocolat se décrit à l’époque comme une ‘boisson substantielle mais qui ne pèse pas sur l’estomac, elle est sirotée dans les cafés et dans les salons, à la cour et dans les cercles privés. Sous forme de graine ou de bonbon, mélangé à des écorces d’oranges et à des fruits confits, le chocolat se doit d’être dans cette petite boîte précieuse, la bonbonnière qui semble indispensable à la vie mondaine: on le croque, on le goûte, on le suce, on l’offre en jouant aux cartes, en conversant courtoisement, en se promenant en carrosse, en assistant à un spectacle’.

Les favorites (= maitresses) de Louis XV, Madame Jeanne-Antoinette de Pompadour (photo de gauche) et Madame Jeanne Bécu, comtesse du Barry (photo de droite) usent du chocolat pour des raisons différentes: la première pour ‘s’échauffer le sang’ puisque le roi la juge ‘froide comme une macreuse’, la seconde pour en offrir à ses amants et les mettre au diapason de son ardent tempérament puisqu’on la dit insatiable.

En ces temps de libertinage érigés en art de vivre, les propriétés aphrodisiaques du chocolat sont portées en exergue. L’univers du Marquis de Sade en est rempli.

Sa consommation augmente mais la production stagne. Les ouvriers des chocolateries ont un faible rendement puisqu’ils travaillent à genoux pour écraser les fèves, selon le procédé traditionnel hérité des Aztèques.

En 1732, Dubuisson apporte un premier perfectionnement en inventant une table haute et horizontale, chauffée au charbon de bois qui permet à l’ouvrier de travailler debout et d’augmenter son rendement.

Mais il s’ensuit tout de même des contrefaçons avec des colporteurs qui vendent de la pâte d’amande avec des résidus de cacao qu’ils font passer pour du chocolat. Savary, un expert en commerce, écrit en 1740 que Paris est la place où se confectionne le plus mauvais chocolat.

L’industrialisation de la fabrication du chocolat débute en 1728 en Angleterre et en 1770 en France.

En 1755, la flotte du Botany Bay commerce directement avec les Antilles pour éviter d’avoir à traverser l’Atlantique: les prix baissent, les délais raccourcissent.

En 1765, James Baker, un médecin et industriel américain, monte la première entreprise de cacao et le transport de cacao entre la France et l’Amérique du sud est assuré par de grands voiliers.

En 1770, Marie-Antoinette se marie à Louis XVI et vient d’Autriche avec son chocolatier personnel. Elle préfère le chocolat préparé simplement, avec du sucre et de la vanille.

Elle crée la fonction de ‘chocolatier de la reine’ qui est très convoitée puisqu’on dit que c’est ‘un fief bien plus lucratif que maintes baronnies fièrement armoriées et gironnées’. Son chocolatier lui invente des nouvelles recettes: chocolat au bulbe d’orchidée pour fortifier, à la fleur d’oranger pour les nerfs, au lait d’amande douce pour digérer.

En 1778, la fabrication s’améliore grâce à un dénommé Doret qui invente à Paris une machine hydraulique pour concasser les graines et broyer le cacao pour le réduire en pâte. Ceci permet de diminuer les coûts de production.

La première fabrique mécanisée de chocolat s’installe à Bayonne dans les années 1780.

Sur le vieux comme sur le nouveau continent, la fin du 18ème siècle voit un ralentissement brutal de la production et la consommation de chocolat du fait des guerres d’indépendance en Amérique, de la révolution française et la Terreur puis des guerres napoléoniennes en Europe.

Au 19ème Siècle

Et en avant les machines…

Presse hydraulique Van Houten

Le 19ème siècle marque le début de l’industrialisation et la démocratisation du chocolat en Europe, en le transformant de la boisson élitiste en la tablette populaire solide telle que nous la connaissons aujourd’hui.

C’est ainsi qu’en 1802, une technique permet de solidifier le chocolat pour fabriquer des tablettes. Les Turinois en disputent la paternité à un de leurs apprentis, le suisse François-Louis Cailler, reparti au pays pour fonder la première chocolaterie suisse, en 1819, à Vevey.

En 1820, en Angleterre, est produite la tablette ‘Fry and Sons’, une mixture granuleuse de liqueur, de chocolat, de sucre et de beurre de cacao.

L’essor de la consommation du chocolat en fait un produit courant et les petits artisans n’ont d’autre choix que de se tourner vers l’industrie ou disparaître.

Les plantations de cacaoyers se développent dans le monde (implantation en Afrique en 1824 par les Portugais) et l’industrie chocolatière se perfectionne dans plusieurs pays grâce à d’importantes inventions.

En 1824, Philippe Suchard installe sa confiserie en Suisse à Neuchâtel. En 1825, Jean-Antoine Brutus Menier installe la sienne à Noisiel.

A cette époque, le chocolat est une denrée rare utilisée pour enrober les médicaments et en adoucir le goût.

Et Conrad arriva…

La grande révolution vient de Hollande avec l’invention en 1828 par un chimiste, Coenraad Van Houten, de la poudre de cacao, obtenue à partir de tourteaux de matière sèche, débarrassée du beurre de cacao, et pulvérisée.

Van Houten parvient à séparer les différents éléments du cacao, grâce à son invention de la presse hydraulique à cacao, notamment ses matières grasses.

Il brevète un procédé qui permet de récupérer une masse de beurre de cacao plus ou moins pure ainsi qu’un pain de chocolat très dur et sec que l’on réduit en poudre: le chocolat en poudre est né.

Mozart?…

Ça rime avec Suchard bien sûr…

Cette découverte va voir la boisson mousseuse si ancienne Xocoatl disparaître peu à peu, pour être remplacée par une boisson proche de ce que l’on connaît aujourd’hui.

De plus, Van Houten élimine l’acidité du cacao ainsi que l’aigreur et amertume de la poudre avec un processus d’alcalinisation, qui le rend aussi plus soluble dans l’eau et permet d’obtenir une boisson plus homogène dont la matière ne retombe pas.

Quant au beurre de cacao qui fond à la température de la bouche, il permet l’essor d’une nouvelle industrie: le chocolat à croquer.

En 1847, l’anglais Fry ajoute du beurre de cacao à la poudre, créant une pâte malléable, plus souple à travailler et pouvant être coulée dans des moules:

La première tablette de chocolat est née! Le succès de la famille Fry père et fils fait évidemment des émules, permettant progressivement la démocratisation du cacao, dont le prix ne cesse de baisser, encouragé par la diminution des taxes.

Naissent ensuite le chocolat blanc, puis le toblerone, toujours suisse. La fameuse barre chocolatée triangulaire en 1899 ouvre la voie à de multiples friandises comme celles fabriquées par l’américain Forrest Mars dans les années 1930.

Les inventions s’enchaînent et les ventes s’envolent, soutenues par les premières publicités grand public. Le suisse Kohler invente le fameux chocolat aux noisettes, pendant que son confrère Lindt met au point un chocolat fondant, au velouté extrême, en jouant sur le dosage du beurre de cacao.

Cette révolution culinaire ouvre la voie à l’industrialisation de masse grâce à de savants dosages entre sucre, beurre de cacao et poudre de cacao.

En 1867, les turinois inventent la plus fameuse des bouchées italiennes, la Gianduja, qui est une pâte très sucrée, au chocolat et à la noisette.

Dans les années 1870, à Cologne en Allemagne, Heinrich Imhoff et Ludwig Stollwerck font de l’entreprise dont ils héritent la première chocolaterie du monde, à force d’innovations, d’investissements et d’audace commerciale.

1875: naissance du chocolat au lait

Le suisse Daniel Peter ajoute du chocolat à l’invention d’Henri Nestlé: la farine lactée. Naît alors le chocolat au lait dont la fabrication est industrialisée en 1905. La Suisse devient LE pays du chocolat.

Parmi toutes les avancées industrielles concernant le chocolat, l’une des plus importantes fût celle de Rodolphe Lindt qui en 1879 invente le conchage, un broyeur spécial à cylindre (conche) qui ajoute du beurre de cacao supplémentaire à la masse: procédé qui permet l’homogénéisation de la pâte tout en améliorant sa finesse et son arôme, et confère au chocolat son onctuosité, son velouté, son fondant ainsi que sa ‘casse’. Avant cette invention, le chocolat était encore une pâte sableuse, rugueuse et un brin amère.

La légende raconte qu’un jour, Lindt oublie d’arrêter sa machine lors d’un long week-end. En revenant, il se trouve devant une toute nouvelle masse de chocolat. Il réalise alors que la pâte brassée pendant au moins soixante-douze heures s’est réchauffée par la friction, permettant au beurre de cacao d’enrober les particules de sucre et de cacao et donnant ainsi au chocolat sa consistance fondante et son brillant satiné.

Au 19ème siècle apparaissent donc les noms populaires du chocolat: John Cadbury et Barry en Angleterre, Van Houten en Hollande, Antoine Menier et Auguste Poulain en France, Philippe Suchard, Tobler, Charles-Amédée Kohler, François-Louis Cailler, Henri Nestlé ou Rodolphe Lindt en Suisse, Côte d’or en Belgique, Franck Mars en Amérique… chacun apportant sa contribution à l’évolution de la fabrication et aux arômes du chocolat.

Cette explosion de la demande exige encore plus de plantations. On assiste alors à un basculement de la production vers le continent africain, dans les colonies tenues par les Européens, toujours le long de l’équateur.

Au 20ème Siècle

Voici quelques procédés utilisés de façon systématique au cours du 20ème siècle pour l’élaboration du chocolat:

 »  Le Malaxage: le liqueur de cacao est mélangée avec d’autres matières premières (beurre de cacao, huiles, sucre, lait etc…) puis de nouveau broyée jusqu’à obtenir une pâte lisse.

 »  Le Conchage: La pâte chocolatée est agitée à chaud pour obtenir encore plus de finesse et d’onctuosité. C’est à ce stade que sont ajoutés des émulsifiants comme la lécithine de soja.

 »  Le Tempérage: Pour obtenir une bonne cristallisation/solidification stable du cacao, le chocolat liquide doit passer par une courbe de température précise en 3 étapes. Ce tempérage assure aussi le bon fondant et craquant du chocolat à croquer, ainsi que sa texture et brillance.

 »  Le Moulage / l’Enrobage: Plusieurs procédés industriels utilisent des machines pour remplir les moules à la vitesse grand V, ou enrober les chocolats par centaines.

L’engouement pour le chocolat n’a jamais cessé de progresser et l’industrialisation s’est accélérée tout au long du 20ème siècle avec la concurrence et les techniques commerciales de vente. Mais cette industrialisation se fit, hélas, au détriment d’une certaine qualité avec, en dernière date, l’autorisation d’introduire des graisses végétales dans la composition du chocolat.

Même si elle a permis de réduire les coûts, les techniques de fabrication des pralinés ou caraques nécessitent une bonne compréhension de cette formidable matière travaillée sous forme visqueuse ou semi-liquide et dégustée sous forme solide.

Comme le chocolat est une substance ‘imprévue’, et surtout si on y rajoute autant d’ingrédients extérieurs, il va alors falloir mécaniser la production davantage, afin de l’intensifier et de ne pas subir de pertes.

En 1900, la production de cacao s’élève à 125 000 tonnes par an, principalement dans les Antilles et sur le sol américain.

Cent ans plus tard, elle avoisine les 4 millions de tonnes, et la majorité des fèves provient cette fois de l’Afrique, notamment de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Cameroun et du Nigéria, même si l’Amérique du Sud continue à fournir des crus exceptionnels très recherchés par les professionnels. (cf. chapitre suivant).

En 1912, le belge Jean Neuhaus invente la première coquille de chocolat solide dans laquelle on peut mettre du praliné, du caramel au beurre ou de la crème fraîche.

Article de presse pour l’industrie Van Houten

Ci-dessous, 4 affiches publicitaires montrant les enjeux économiques des barres chocolatées sucrées. On se demande bien où est passé le Xocoatl…

Alors? …

Peut-on encore sentir l’esprit du Theobroma cacao sp cacao de la jungle amazonienne ? …

Si à ce stade de la lecture vous avez mal au coeur, c’est normal… et c’est bon signe. D’une part on se rend compte de l’impact de l’élite et de la publicité. De l’autre, on se rend compte que beaucoup de générations se sont fait bercées (on peut également remplacer le ‘c’ par un ‘n’) par ces images.

Les civilisations gardiennes du cacaoyer magique et de ses rituels sacrés, ont été massacrés. S’en est suivi une ascension fulgurante et instoppable. Jusqu’à quand?

Si l’on s’inspire des légendes, le cacao est la médecine qui peut rétablir un équilibre entre les hommes et la terre.

Il nous reste un dernier chapitre, et c’est celui que nous vivons en ce moment, le 21ème siècle. Attention, il faut s’accrocher pour la lecture, ce que nous allons voir n’est pas vraiment la version la plus romantique du chocolat.

Après tout, c’est peut-être ce qui arrive quand le pouvoir d’amasser le plus d’argent possible, est infiniment supérieur, à la volonté de garder une harmonie au sein de la communauté et se découvrir soi-même, grâce aux propriétés médicinales du cacao.